...il est évident que Pierre Bauchet supporte difficilement sur ses terres des opinions qui divergent des siennes. J'y reviendrai...

Oui, il est encore possible de penser différemment de Pierre Bauchet, à condition toutefois de ne pas craindre les injures et, n'ayons pas peur des mots, des pratiques qui confinent à l'abus de pouvoir.

Par quoi cela a-t-il commencé ?
Souvenez-vous, il y a quelques temps l'association A.D.M.D. (Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité) s'est vue refuser le droit de diffuser des tracts sur le marché au motif que le débat qu'elle soulevait méritait mieux que d'être évoqué – je cite Monsieur le Maire - « entre une botte de poireaux et un bijou pour la belle-mère ». Non content d'interdire l'expression d'une association à l'objet tout à fait licite, Monsieur le Maire s'immisce dans leur politique de communication, en vertu d'un pouvoir qu'il ne possède évidemment pas. Mais il ne s'arrête pas là. L'association a eu l'outrecuidance de signaler cette décision pour le moins cavalière à la presse, oui, vous savez bien, ce contre pouvoir qui parfois ose critiquer les responsables politiques. Cette initiative inouïe dans un pays libre eut pour effet de fâcher le premier magistrat qui se plaignit que quand même l'association aurait pu préalablement lui téléphoner. Après la leçon de maintien, la leçon de savoir-vivre.

Comment cela a-t-il continué ?
Lors d'une question posée au conseil municipal du 25 mai 2009, j'ai eu le toupet de douter du caractère judicieux de la fermeture de la crèche au mois d'août (décision au passage très largement contestée par les usagers). Assez naïvement, j'attendais une réponse de la part du Maire ou de la majorité. Mais non, on ne me fit pas cet honneur et la majorité préféra botter en touche pour un motif de procédure purement dilatoire. Tenez-vous bien: je n'avais pas tenu compte d'un jour férié pour calculer le délai de transmission de la dite question qui, de ce fait, a été considérée comme parvenue en retard et donc non susceptible de réponse. Vérification faite, cette règle de computation des délais n'est pas prévue par le règlement du conseil municipal. Ce ne serait pas si grave s'il ne s'était pas agi de la question de la continuité du service public dédié à la garde d'enfants et si cela ne témoignait pas d'une forme de mépris municipal pour tout ce qui s'apparente peu ou prou à de la contradiction.

Et comment cela se traduit-il ?
Par de l'hyper-susceptibilité et des propos injurieux qui semblent donner raison à l'adage populaire selon lequel seule la vérité blesse. C'est ainsi que dans sa dernière libre expression, la majorité a qualifié une de mes questions posées en conseil municipal de perfide et lâche. Rien de moins. A cette occasion, j'ai en effet eu le front de souligner, certes avec ironie, qu'une délibération relative à la pose de caméras de surveillance dans notre bonne ville avait peut-être été placée en fin d'ordre du jour dans le but d'éluder un débat sur ce sujet.

Perfide, dites-vous Monsieur le Maire ? Vous affirmez, à l’appui de ce qualificatif peu élogieux que l’ordre du jour suit un ordonnancement précis et immuable. Mais sauf à ce que ma mémoire et les archives de la mairie me fassent défaut, cette délibération figurait dans la catégorie « Sécurité, Secours, Prévention des risques » après le chapitre « Administration générale » en toute fin du conseil, alors que lors du Conseil Municipal du 24 novembre 2008, une autre semblable figurait dans la même rubrique, cette fois pourtant placée avant la rubrique « Administration générale », en plein milieu de l’ordre du jour. Quand bien même , d’ailleurs, cet ordre eût été inchangé, de là à voir de la perfidie dans une simple pique, je vous imaginais le cuir plus dur. Et je vois moins de perfidie dans mes propos que dans votre façon purement procédurière d'éviter un débat.

Lâche, ajoutez-vous Monsieur le Maire délicatement à mon endroit ? Tout ça parce que j'ai glissé un « peut-être » dans ma question ô combien offensante et qui signifierait en gros que je n'assumerais pas mes accusations et que je procéderais par une fourbe insinuation! Je ne m'attarderai pas sur l'analyse linguistique de comptoir. Cela dit, vous m'accorderez, Monsieur le Maire, que si l'on définit la lâcheté par opposition au courage, la moindre des choses eût été de me nommer dans votre brillante démonstration sémantique et pas d'imputer de manière impersonnelle ce crime de lèse-majesté à une élue de l'opposition.

N'ayez crainte, Monsieur le Maire, je ne suis nullement blessée de vos propos. Ils sont beaucoup trop outranciers pour qu'ils parviennent à me faire de la peine. Je ne vous ferai même pas le reproche de procéder à des attaques personnelles ou de faire de la polémique politicienne stérile, encore que vu la virulence de la charge, il y a lieu – peut-être? - d'en douter.

Non, Monsieur le Maire, ce qui m'inquiète, c'est la façon dont vous traitez non seulement l'opposition, mais tout ce qui a le front de ne pas coïncider strictement avec votre jugement. Ce qui en tant qu'élue de l'opposition, actrice à part entière de la vie démocratique locale, ce que vous fûtes, m'ennuie est que vous ayez pour réplique des arguties juridiques bancales, un usage douteux de votre pouvoir de police, et des épithètes confinant à l’injure .

Monsieur le Maire, un peu plus loin dans le texte de la majorité, celle-ci se décrit pétrie d’humilité, avec une modestie et une discrétion si fièrement soulignées que la chose en devient paradoxale. Monsieur le Maire, l'humilité consiste dans un premier temps à accepter de répondre aux questions que l'opposition vous pose. L'humilité, c'est aussi accepter d'écouter d'autres opinions en leur donnant autant de crédit qu'aux siennes, c’est accepter de débattre sur des sujets aussi importants que, par exemple, les inquiétudes des citoyens pour leur santé, sans les balayer d’un revers de main ou par une bonne blague de derrière les fagots.

Allez savoir, en acceptant le débat sans faux-fuyants ni dédain, vous parviendrez peut-être à me convaincre. Ce serait du courage politique. Ceci dit sans perfidie.

Carole Canette,
Conseillère Municipale, Présidente du Groupe d’opposition « L‘Alternative pour Fleury », PS, Verts et apparentés.